22 octobre 2005
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18 octobre 2005
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salé maamora Déforestation
Forêt de la Maâmora: Rien n’est fait
J. E. H. Source : L'Economiste (15/12/2004)
La plus grande subraie du monde menacée · Sa dégradation entraînerait dans vingt ans l’ensablement des villes avoisinantes “L’état de dégradation de la forêt de la Maâmora est pour nous une inquiétude permanente, en ce sens que cette subraie, la plus grande du monde, est en déperdition”. Abdelkébir Berkia, président du Conseil régional de Rabat-Salé-Zemmour-Zaër est dépité, navré. Le sort de la Maâmora lui tient à cœur, comme à tous les Marocains d’ailleurs. “Si dans moins de vingt ans, on ne fait rien, les villes de Salé, Rabat, Kénitra et bien d’autres seront littéralement ensablées”. La sonnette d’alarme a été tirée par un des premiers responsables de la région.
La forêt de la Maâmora est cette belle étendue de chênes située entre Rabat et Kénitra. Elle s’étend sur 133.000 hectares d’un seul tenant. Cette forêt est aujourd’hui en voie de dégradation. Elle avait déjà fait l’objet, depuis le début du siècle, de nombreux plans d’aménagement, programmes de recherche et de développement, projets de partenariat… Le Conseil régional a entrepris des démarches auprès de nombreuses fondations et de régions partenaires à travers le monde. Pas plus tard que la semaine dernière, le Conseil a reçu la fondation allemande Steinbeis qui dispose de 4.000 experts en environnement à travers le monde (55 pays). “Nous les avons intéressés à venir pour nous apporter leur expertise et leur savoir-faire dans le cadre du partenariat qui nous lie”, indique Berkia.
Jusqu’à maintenant, l’intervention des pouvoirs publics n’a pas permis de mettre fin à la dégradation continue de la Maâmora. En effet, la pression sociale constituant un facteur déterminant dans la déforestation, il est encore difficile en l’absence de mesures draconiennes et répressives d’arriver à stopper l’hémorragie. Bien qu’ils en soient conscients, les usagers de la forêt n’en continuent pas moins d’en être les premiers détracteurs. Première conséquence de cette dégradation, la détérioration de l’environnement. Ainsi, la Maâmora constitue une richesse floristique indéniable tout en étant un véritable poumon pour l’ensemble des agglomérations avoisinantes. La deuxième conséquence serait l’ensablement. La disparition du couvert végétal est à même d’entraîner d’importants phénomènes d’érosion liés à la nature sablonneuse des sols de la Maâmora.
L’autre conséquence est économique. Le recul de cette forêt aura, à n’en point douter, de graves conséquences sur l’économie locale et régionale. Et enfin, il y a la conséquence liée à l’exode. Qualifiée de réserve fourragère génératrice d’emplois, la disparition de la Maâmora provoquera inéluctablement un exode rural important du moment où le milieu de vie sera inhospitalier.
Toutes ces considérations font qu’aujourd’hui encore plus que par le passé, l’état de dégradation de la Maâmora inquiète.
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Régénération
Dès le début des années 20, le problème de régénération de la Maâmora s’est posé avec acuité. Bien que des tentatives localisées aient donné des résultats satisfaisants, il n’a pas été possible de les étendre à plus grande échelle compte tenu de nombreuses contraintes sociales.
Des opérations de rajeunissement par cépage avaient été réalisées. Trois plans d’aménagement ont été mis en application. Commencés en 1951, ils dureront jusqu’en 2012. Depuis 1990, les travaux de régénération ont repris avec un rythme moyen de 1.000 hectares par an. Mais cela reste encore insuffisant. Furent alors entrepris des traitements sylvicoles. Dans le but d’améliorer l’état sanitaire des peuplements de chêne-liège, des coupes, des opérations de taille et d’élagage sont menées sur une superficie moyenne de 6.000 hectares par an.
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Jeudi 28 Avril 2005
© 2005 TelQuel Magazine. Maroc.
http://www.telquel-online.com/168/sujet2.shtml
Par Abdellatif El Azizi
De Sidi Yahia à Tiflet en passant par Kénitra, les bûcherons clandestins s’appliquent à dépecer la forêt de la Maâmora sous l’œil impuissant (voire complice) des autorités. Enquête.
Le 5 février 2005, les gendarmes de Sidi Slimane ont procédé à l’arrestation d’un conseiller municipal et de plusieurs de ses complices, dont le chauffeur d’un camion bourré de bois subtilisé dans la forêt entourant Dar Bel Amri. Pour un trafiquant arrêté, combien sont passés entre les filets ? Les "gamarras", surnom donné à ces voleurs de bois par la population de la
région sont pourtant bien organisés. Leurs circuits sont bien huilés, leurs horaires parfaitement adaptés et leurs couvertures solides. On soupçonne notamment de grosses pointures, parlementaires et autres notables de la région de couvrir ce trafic moyennant des royalties plus que confortables. Si le trafic a notablement diminué depuis quelques années, il n’en reste pas moins que le trafic de bois, l’assassinat programmé de la forêt de la Maâmora est bien entamé.
Ce paysan riverain qui reconnaît lui-même jouer au chat et à la souris avec les gardes forestiers pour s’approvisionner en bois décrit la scène : "les gamarras agissent par les nuits de pleine lune, arrivent en chariot, à deux roues tirés par un cheval, coupent sauvagement les arbres et disparaissent dans la nuit, emportant avec eux une forte quantité de bois. Comme on sait qu’il sont armés, on n’ose pas trop s’approcher" ! En effet, les ‘‘Gamarras’’ sont souvent armés jusqu’aux dents et n’hésitent pas à employer les grands moyens. Il y a même eu mort d’homme il y a quatre ans de cela, au cours d’une altercation entre bandes rivales.
De Sidi Allal El Bahraoui à Tiflet en passant par Sidi Yahia, après le passage des trafiquants, les espaces saccagés sont pratiquement irrécupérables, en raison notamment de la manière brutale utilisée pour scier les arbres et du choix des espèces les plus prisées comme le pin, qui a besoin de 18 ans pour croître. Une fois le bois coupé, les bûcherons clandestins vont stocker leurs prises jusqu’à ce que le volume soit assez important pour intéresser des exploitants ripoux qui ont pignon sur rue. Ce sont ces exploitations tout ce qui a de plus légal qui vont reprendre la totalité du trafic à des prix dérisoires. Quand une tonne de bois est cédée à près de 400 DH sur le marché légal, les gamarras se contentent de 100 DH et même parfois beaucoup moins, avant de disparaître sans demander leur reste. Trafiquants par besoin, les voleurs de bois sont des riverains qui n’ont d’ailleurs aucune autre ressource, seuls les produits de la forêt leur permettant de survivre.
Le trafic, s’il est scandaleux par essence, l’est encore plus quand on sait qu’il engraisse surtout des notables installés tranquillement dans des bureaux climatisés à Rabat ou à Casablanca. Les exemples abondent. Sous la protection de son frère, politicien de haut rang, l’un des plus gros barons de la mafia du bois gère un trafic qui va au-delà du territoire circonscrit du Gharb. Parce que le bois écumé dans la Maâmora voyage très loin. Le pin est particulièrement prisé à Agadir, où il sert à faire les poutres qui retiennent l’échafaudage des serres. à Salé, la demande est également très forte et elle concerne la fabrication des cageots et des palettes. Quand aux gens du sud, de Zagora à Smara, en passant par Laayoune, ils apprécient particulièrement le charbon produit à Sidi Yahia. Mais la plus grosse partie du trafic est écoulée au souk de Qoréa de Casablanca. "Pour écouler la marchandise à Casablanca, nous nous arrangeons avec les services des Eaux et forêts, qui nous fournissent des laissez-passer (tout ce qu'il y a de plus officiel) mais cela nous permet de déclarer de fausses quantités et de jouer sur les provenances du bois", explique un convoyeur aguerri.
Véritable vache à lait, la Mâamora est également l’objet de la convoitise des communes. Les recettes officielles générées par ces produits sont estimées à 100 millions de DH, qui bénéficient principalement aux collectivités locales à raison de 50 millions de DH et aux conseils provinciaux dans une proportion de 10 millions de DH. La forêt fait vivre 220.000 personnes parmi les habitants de la région, soit 24% de la population rurale du voisinage dans laquelle les Gamarras ne sont guère comptabilisés. Le dahir de 1976 sur les collectivités locales, dans sa volonté de leur dégager des ressources financières, avait attribué aux communes le produit de la commercialisation des produits forestiers qui revenait auparavant aux Eaux et Forêts. Seulement, elles ont l’obligation en contrepartie de réinvestir 20 % de ces recettes à l'entretien et à la surveillance des forêts.
Alors que les communes devraient être un peu plus regardantes sur la lutte contre le trafic de bois, les élus qui ne veulent pas s’aliéner une population qui vit essentiellement de la forêt ferment les yeux quand ils ne sont pas carrément impliqués dans ce trafic. Du côté officiel, il y a bien eu des tentatives d’endiguer le phénomène, mais c’est toujours des actions sans égard aux caractéristiques socioculturelles de la région. Les gendarmes avaient organisé une vaste battue en 2000. De gros moyens avaient été mobilisés avec hélicoptères, jeeps et une armée d’hommes chargés de traquer les gamarras. On a juste réussi à terroriser la population, mais quelques jours après, le trafic a repris.
Même l’expérience des coopératives gérées par de jeunes promoteurs a fait chou blanc en raison de la pression exercée par le lobby des exploitants de bois de la région sur les Eaux et Forêts. Depuis, une quarantaine de coopératives ont été obligées de mettre la clé sous la porte parce que le département concerné avait mis fin de manière abusive au contrat qui le liait à elles. En effet, ces coopératives bénéficiaient de gré à gré, de marchés conclu par les eaux et Forêts sur l’exploitation de la forêt.
Néanmoins, il semble qu’une initiative lancée il y a deux ans de cela par les Eaux et forêts pour stopper le trafic de bois semble donner ses fruits. Il s’agissait de faire participer les populations (entendez les gamarras eux-mêmes, à la protection de la forêts en leur permettant de bénéficier, sous contrôle, de l’exploitation des produits de la forêt.
Aujourd’hui, la pression sur la Maâmora est telle, qu’elle s’est traduite par une dégradation croissante de la forêt. L’inventaire réalisé en 1992 sur les lieux a fait ressortir que la superficie du chêne-liège a diminué d’environ 30% entre 1951 et 1992. à ce pillage sur fond de corruption généralisée s’ajoute le surpâturage qui empêche toute possibilité de régénération naturelle. Une situation dopée par une explosion de la croissance démographique autour de la forêt. Sans oublier la construction de l’autoroute, qui a nécessité des coupes sombres dans la Maâmora. Comme si la mafia ne suffisait pas.
Chiffres. Plus qu'une forêt, une mine !
La forêt de la Maâmora fournit, en termes d’emploi en milieu rural, plus de 300.000 journées de travail par an. D’une superficie compacte de pas moins de 133.000 ha, elle est considérée comme la plus vaste forêt de chêne-liège du monde. Elle génère des recettes forestières de plus 60 millions DH par an. La production en bois d’industrie composé essentiellement de l’eucalyptus destiné à la pâte pour l’usine de la Cellulose du Maroc est de 300.000 m3, ce qui équivaut à 85% de la production nationale. Pour le liège, la production est de 6.000 tonnes (47% de la production nationale). Quant au bois de feu, la production est estimée à 600.000 m3/an (87% des besoins de la zone) et la production fourragère fournit 24 millions UF/an pour 250.000 têtes ovines et bovines (soit 75% des besoins du cheptel de la zone) En ce qui concerne les produits non ligneux, champignons et autres miels, la production atteint 1000T/an. Enfin la production des plantes médicinales est estimée à 5000T/an.
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17 octobre 2005
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